Sur le principe de la variation, Éric Citerne se plaît à développer des séries d’une savoureuse originalité, source d’une production mutagène, polymorphe, voire protéiforme, dont tous les paramètres stylistiques affirment un principe de liberté ne souffrant aucune concession. Au rebours d’un engagement esthétique sclérosant qui aura ruiné tout un pan de la création picturale dans les années 70/80, ce créateur inclassable refuse toute forme d’enfermement expressif, rejette toute catégorisation esthétique. Son art ne vit que dans le mouvement, l’artifice en étant exclu de facto au profit d’une authenticité assumée du geste, d’une spontanéité formelle inscrite dans la fugacité d’un temps et d’un espace dynamiques.
Aux yeux de notre homme, aucun danger plus mortel pour le peintre et son art que l’inconséquent immobilisme ! Défiant à l’endroit d’une technique trop éprouvée, infatigable inventeur de sa propre manière, Éric Citerne écarte inlassablement toute tentation de devenir le complaisant spectateur de sa peinture. Une peinture dont il exige beaucoup… Emotion, authenticité, rigueur, poésie, force et vertu… Une peinture qui refuse le confort au profit d’un affrontement mouvementé de notre turbulent univers. Une peinture d’homme, en un mot.
Gérard Denizeau